Dans le cadre de notre projet Observer le réel, juger le monde, des élèves de 4eme ont
étudié les nouvelles de Maupassant, travaillé sur le thème des « enfances volées », exploré
le vocabulaire de la justice et appris à mener un débat argumenté et respectueux. Nous
avons également visionné le film "Je verrai toujours vos visages", qui aborde la justice
restaurative. Cette séance a donné lieu à un riche débat sur la réparation, l’écoute et la place
des victimes et des auteurs dans la société.
C’est dans cette continuité que nous avons accueilli Agnès Chauveau, visiteuse de personnes
sous main de justice à Vivonne, venue témoigner de son engagement et de la réalité du
milieu carcéral. Son intervention a bousculé certaines idées reçues et nourri la réflexion
citoyenne de chacun.
Place maintenant aux élèves qui devaient réaliser un article de presse sur cette expérience
: laissons-les s’exprimer.
AGNES CHAUVEAU S’INVITE AU COLLEGE LA PROVIDENCE LA SALLE
Agnès Chauveau au collège de Poitiers La Providence La Salle
Le mardi 18 novembre 2025, de 13h30 à 14h55, Agnès Chauveau est venue au collège La
Providence La Salle de Poitiers dans notre classe, les 4F pour nous faire un témoignage et
nous parler des visiteurs de prison. Nous avons pu en apprendre plus sur ce sujet.
Agnès Chauveau, présidente bénévole des visiteurs de prison.
Agnès Chauveau est bénévole et présidente pour la Vienne de l’ANVP (Association nationale
des visiteurs de personnes sous main de justice) depuis maintenant sept ans. Elle gère
environ une équipe de vingt personnes bénévoles qui vont à la rencontre des détenus. Trois
fois par an, elle les retrouve pour parler de toutes les rencontres qui ont eu lieu dans
l’année.
Tout a commencé suite à des reportages vus à la télévision sur les bénévoles des centres
pénitenciers.
Agnès Chauveau décida alors de se lancer dans le bénévolat carcéral et se rapprocher de
l’association ANVP afin de rendre visite aux détenus de la prison de Poitiers-Vivonne.
D’après elle, un visiteur de prison est souvent un bénévole qui prend du temps pour
rencontrer des détenus et parler avec eux pour combler leur solitude. Leur mission :
maintenir un lien social avec les détenus isolés ou en rupture familiale. Le bénévole doit être
majeur et avoir un casier judiciaire vierge. Il doit écouter sans porter de jugement et être
bienveillant et empathique, tout en sachant gérer ses propres émotions. Il doit également
respecter la confidentialité des échanges. Un visiteur de prison n’est jamais au courant à
l’avance des délits causés par le détenu, et seul, le prisonnier peut se confier s’il le souhaite.
En France, il y a plein de bénévoles qui aident tous les jours les prisonniers à se sentir mieux
et certains organisent des rencontres entres les victimes et les détenus. C’est la justive
restaurative. Notre professeur nous a fait voir le film « Je verrai toujours vos visages » qui
traite de ce thème-là.
Mme Chauveau, aide deux détenus de la prison de Poitiers-Vivonne. Elle les voit une fois par
semaine, le vendredi de 15h30 à 16h30 pour l’un et de 16h30 à 17h30 pour l’autre. Madame
Chauveau accompagne une des détenues depuis 7 ans, elles parlent de politique, de faits
divers et de recettes de cuisine. Elles échangent également sur les livres et les romans et la
détenue a même mis en place un Club de lecture.
La prison de Vivonne
Dans la prison de Vivonne, les détenus dorment rarement car jour et nuit, il y a du bruit. Des
détenus tapent sur les lits, crient… Le jour, certains peuvent travailler comme par exemple,
la détenue qu’elle visite qui est devenue bibliothécaire. D’autres détenus reprennent leurs
études pour qu’à leur libération, ils aient plus de chances de se réinsérer.
Pour la nourriture, ils ont les repas tous les jours, mais s’ils n’aiment pas, ils peuvent payer
les aliments qu’ils veulent. Souvent, ils n’ont pas les ingrédients de leur choix car par
exemple, le poivre est interdit en prison car ils peuvent s’en servir comme arme.
Nous n’étions pas là pour juger des parcours qui ont mené à enfreindre la loi mais pour
écouter une réalité du monde dans lequel nous vivons. Ce qui nous a choqué, c’est quand
Agnès a dit que lorsque les prisonniers sortent de prison, ils peuvent avoir le vertige car
pendant plusieurs années ils se retrouvent enfermés dernière quatre murs. « Non, ils ne
sortent pas « en promenade » dans la forêt mais se promènent s’ils le souhaitent deux fois
par jour dans un lieu clôt. Un peu la surface de votre cours de récréation mais avec de très
hauts murs ».
Pour certains, les familles ou amis peuvent rendre visite derrière un parloir mais tout ce
qu’ils apportent est contrôlé. Un dessin d’enfant oui, des vêtements propres, oui mais un
gâteau c’est juste pour les fêtes de fin d’année. Et un seul.
Témoignage
Nous avons alors posé des questions à nos camarades de classe sur l’intervention d’Agnès
Chauveau.
« J’ai trouvé que cette intervention était très utile (…) j’ai retenu que c’était très dur d’être
en prison car on ne peut pas voir l’horizon et on est isolé du monde extérieur. » Salomé.
« Ce qui m’a le plus plu dans l’intervention de Madame Chauveau et qu’elle nous disait la
vérité et qu’elle ne facilitait pas les mots pour qu’on comprenne mieux. Elle nous parlait
comme si on était des adultes. J’ai surtout retenu que les conditions de vie des prisonniers
étaient catastrophiques. » Romane.
« J’ai trouvé que Agnès Chauveau racontait bien. Ça a été très agréable de parler avec elle et
ça nous a permis d’apprendre plus de choses sur un sujet qu’on ne connaît pas. Pour moi, les
conditions de vie des gens qui ont franchi le mauvais pas pour « x » raisons, ne sont vraiment
pas terribles. » Louise.
BEAU Léa et FONSECA DOS SANTOS Renata
« REMETTRE DE L’HUMAIN AU CŒUR DE LA PRISON »
RENCONTRE AVEC UNE VISITEUSE DU CENTRE PENITENTIAIRE DE VIVONNE
Depuis sept ans, Agnès Chauveau rend visite à des détenus de la prison de Vivonne. Son rôle
? Visiteuse pour l’ANVP, l’association nationale des visiteurs de personnes sous main de
justice, dont elle est la présidente pour la Vienne. Cette bénévole est à la disposition des
prisonniers qui souhaitent la rencontrer. Le temps d’un échange d’une heure par semaine,
elle offre à ces personnes incarcérées un contact avec le monde extérieur.
Au menu des conversations : les détenus parlent de leurs affaires, de leur vécu, de la pluie et
du beau temps, etc. Les visiteurs de prison ne doivent pas répéter ce que leur ont confié les
détenus, sauf si cela met quelqu’un en danger. En dehors de ce cas précis, il faut respecter la
confidentialité des échanges.
Le motif de l’incarcération n’est pas connu du visiteur de prison, sauf si les détenus
souhaitent en parler. Pour Agnès Chauveau, l’essentiel est d’échanger, même si pour elle, il
est nécessaire de garder une certaine distance avec ses interlocuteurs.
Pendant notre discussion avec elle, la visiteuse évoque aussi ce que les prisonniers sont
autorisés à faire : fumer des cigarettes, faire du sport mais seulement à des heures prévues.
Pour les repas, un « catalogue » est également à leur disposition si les menus proposés ne
leurs conviennent pas, mais ils ne peuvent pas demander n’importe quoi. Le choix est limité,
pas toujours appétissant, certains ingrédients sont même interdits : par exemple, le poivre
car il est dangereux. Il pourrait être utilisé dans une potentielle tentative d’évasion.
Les détenus n’ont pas le droit de sortir de leur cellule, sauf pour travailler au sein de la
prison. Agnès Chauveau cite par ailleurs le cas d’une femme condamnée qui, après avoir
demandé de pouvoir s’occuper de la bibliothèque de la prison, a créé un club de lecture.
Avec d’autres détenues, elles échangent leurs coups de cœur et rédigent des résumés pour
recommander tel ou tel livre. Cela est une belle animation.
Agnès Chauveau détaille enfin le rythme de vie en détention. Des horaires bien particulières.
Le dîner se prend vers 17h30 afin de fermer les cuisines au plus tôt et de faire la vaisselle.
Les nuits sont longues et difficiles en raison du bruit, de l’inconfort et de la promiscuité. Le
sentiment d’enfermement et le manque de perspective, au sens propre, est réel : pas
d’horizon, le regard s’arrête net contre le gigantesque mur de la cour du centre
pénitentiaire, ce qui peut « causer des vertiges à la sortie ». « Lors de leur retour à la vie
extérieure, ils n’ont plus l’habitude d’ouvrir des portes par eux-mêmes, ils ont du mal à
conduire… »
La réinsertion dans le « monde extérieur » peut être difficile, surtout pour les détenus qui
ont purgé de longues peines. Pour faciliter au mieux la transition, en fin d’incarcération, les
personnes sous main de justice ont le droit d’obtenir une semi-liberté. Cela consiste à
pouvoir sortir de la prison durant la journée. En revanche, ils ont l’obligation de revenir
chaque soir au centre pénitentiaire.
Trois fois par an, les membres de la section locale de l’ANVP se réunissent et parlent de
manière anonyme de ce qui leur a été raconté. Des psychologues sont là aussi pour les aider
à s’exprimer, car la mission de ces bénévoles est souvent lourde à porter : « certaines
histoires sont vraiment touchantes » nous confie Agnès Chauveau.
Ces visites n’en restent pas moins « capitales » pour « remettre de l’humain au cœur de la
prison ». Le soin de l’autre et la bienveillance, voilà ce qui fait parfois cruellement défaut en
détention pour Agnès. Sans parler du problème de réinsertion… Elle alerte : « nous sommes
parmi les trois pays d’Europe qui traitons le plus mal nos prisonniers, une honte pour la
France » déclare-t-elle. « C’est une des raisons pour laquelle je suis devenue visiteuse de
prison ».
POUR ALLER PLUS LOIN…
Aujourd’hui, il existe le concept de « justice restaurative ». Il consiste à réunir en prison des
agresseurs et des victimes qui ne se connaissent pas, afin qu’ils échangent sur leur vécu et
leur ressenti. C’est une tentative d’apaisement par le dialogue. Après des temps de
préparation, cet échange est encadré par un médiateur neutre. Les participants attendent
plusieurs mois pour se préparer avec des professionnels afin d’être prêts
psychologiquement. Plus rarement, la mesure peut concerner une victime et son propre
agresseur. Le film « Je verrai toujours vos visages » nous a aussi permis de mieux
appréhender ce concept et aussi, du haut de nos 14 ans à apprendre à débattre.
Magalie MORAS, Hanna NIVELLE, Louise GIRAUD et Salomé FERRON FRETIER